J’ai fait fabriquer un tampon spécial pour Cornelia, pour accompagner son tampon ginkgo emblématique. I had a special stamp made for Cornelia to use with her signature ginkgo stamp

J’ai fait fabriquer un tampon spécial pour Cornelia, pour accompagner son tampon ginkgo emblématique. I had a special stamp made for Cornelia to use with her signature ginkgo stamp

Sur la route avec Cornelia Hahn Oberlander

Susan Herrington

Ce fut une entreprise incroyable que d’écrire Cornelia Hahn Oberlander: Making the Modern Landscape (Cornelia Hahn Oberlander : la création du paysage moderne) au cours des sept dernières années. Grâce au soutien du Conseil de recherches en sciences humaines, du Conseil des arts du Canada et de la Graham Foundation, j’ai pu travailler avec trois femmes qui à l’époque étaient étudiantes en maîtrise d’architecture paysagère : Gemma McLintock, Sarah Rankin et Megan Vogt. Elles ont été incroyables. Elles m’ont aidé à diriger des entrevues avec Cornelia, à documenter des visites de sites, et à préparer des études de cas sur ses projets les plus reconnus. Marc Treib a gentiment accepté la tâche d’écrire l’avant-propos. J’ai également visité 14 différentes archives à travers l’Amérique du Nord. Ensuite, j’ai pu obtenir du financement supplémentaire du Conseil des arts du Canada pour une tournée promotionnelle du livre. Mais ce n’était que le début.

Nous avons visité onze villes en Amérique du Nord et une en Suède en 2014 et 2015. Étant donné le sujet du livre—Cornelia et son travail révolutionnaire—je n’ai pas opté pour une lecture publique typique. J’ai plutôt décidé de projeter des diapositives pour Cornelia devant le public tandis qu’elle en discutait. La sélection d’images était souvent différente d’une ville à l’autre; nous ne faisions jamais de répétition avant l’événement, et je n’avais aucune idée de ce qu’elle aurait à dire! Parfois, elle était drôle, parfois, elle donnait des conseils pratiques, ou alors elle racontait avec beaucoup d’affection des moments de sa vie avec l’architecte et urbaniste Peter Oberlander (1922-2008). Le texte qui suit offre quelques-uns de mes moments préférés parmi les lieux que nous avons visités et des gens incroyables que nous avons rencontrés lors de notre tournée. Ce fut une période formidable pour nous deux.

Entretien impromptu

En mai 2014, nous avons donné une présentation au Musée des beaux-arts à Ottawa. Nous avons entamé la soirée dans l’auditorium principal, situé tout près de l’aménagement célèbre de Cornelia. À la fin de la présentation, nous avons répondu aux questions du public—jusqu’à ce qu’une personne inattendue se manifeste. Il s’agissait du jardinier du musée et il avait besoin d’aide! La réaction de Cornelia fut inoubliable. Elle s’est levée et s’est dirigée vers la sortie de l’auditorium. Où allait-elle? Alors, tout le public l’a suivie—dehors. Marchant le long de son aménagement paysager, elle a montré au jardinier (et à la foule qui les suivait) quelques techniques d’élagage et lui a donné des conseils sur comment prendre soin au mieux du jardin taïga. Quelle leçon!

Chute à Chicago

La scène principale à la Graham Foundation est plutôt élevée. Elle n’a pas de rampe, que des marches. Les responsables de l’événement n’avaient pas encore rencontré Cornelia, et ils étaient inquiets. Aurait-elle du mal à monter sur scène? Je leur ai assuré qu’elle n’aurait aucune difficulté. Malheureusement, il faisait extrêmement froid lorsque nous sommes arrivées à Chicago, et le sol était couvert d’une couche de glace invisible. Une fois rendues à la Graham Foundation, je suis sortie du taxi la première afin de pouvoir aider Cornelia. Je ne voulais pas qu’elle glisse, mais en bondissant hors du véhicule : boum! Je suis tombée sur la glace. Cornelia, quant à elle, est débarquée en toute sécurité. En me relevant, je me suis rendu compte que je m’étais foulé la cheville. Mais le spectacle devait continuer. Au moment de se rendre sur scène, Cornelia a monté les marches à vive allure tandis que je boitais lentement derrière elle. Et l’un des organisateurs de me dire : « Tu aurais dû nous avertir que c’est toi qui aurais besoin d’aide. »

Cornelia la vedette

Tout le monde sait que Cornelia est une véritable vedette. Un soir, à l’Université de Toronto, j’ai pu être témoin de son statut de célébrité. L’auditorium principal était plein à craquer d’étudiants, de membres de la faculté et de professionnels du milieu. Normalement, à la fin de notre présentation, les gens se présentent à l’avant pour nous poser des questions. Mais cette fois-ci, lorsque nous avons eu terminé, des centaines de fans se sont précipités vers la scène. Ils sont venus si vite et avec tant de hâte que j’ai tout de suite escorté Cornelia vers une petite pièce avoisinante. Nous sommes ensuite sorties dans un corridor. Je croyais que nous avions échappé à la ruée, mais soudainement une autre porte s’est ouverte. Nous ne savions pas qu’il y avait une autre pièce pleine de gens qui regardaient une projection en simultané de l’événement. En voyant Cornelia, ils se sont précipités dans le corridor en criant « Cornelia! Cornelia! ». Nous nous nous sommes arrêtées net. Heureusement, mon fils a pu bloquer le corridor et nous avons trouvé une sortie d’urgence. Puis, nous nous sommes soudainement retrouvées dehors dans la neige, sans manteaux. Il faisait froid, mais nous nous étions échappées!

Un vol épouvantable

Notre vol vers Washington pour présenter à la Landscape Cultural Foundation fut épouvantable. Nous avons décollé tard la nuit de l’aéroport O’Hare dans un avion qui avait à peu près la taille d’une camionnette. La zone Baltimore-Washington était assaillie d’orages électriques qui causaient des turbulences effrayantes dans notre petite cabine. Je serrais la main de Cornelia de toutes mes forces. Le pilote a dû tenter de poser l’avion cinq ou six fois. Malgré sa petite taille, l’appareil était tout de même muni d’un écran qui affichait ses déplacements. On pouvait y voir des tracés de trajectoire en vrille, dénotant nos nombreuses tentatives d’atterrissage. À la dernière tentative, Cornelia a hurlé : « Capitaine, allumez le radar, puis les phares d’atterrissage! » Apparemment, il l’a écoutée. Nous avons percé les nuages orageux et avons atterri avec un bruit sourd sur le tarmac pluvieux de l’aéroport national Reagan.

Le New York de Cornelia et de Peter

À l’époque où Cornelia et Peter habitaient à New York, il s’agissait de l’épicentre de l’art et du design. Après notre présentation, nous avons pu passer quelques jours à visiter la ville, et Cornelia m’a donné un aperçu de son New York. Nous avons visité la collection Frick, pris le thé dans un salon spécial au Metropolitan Museum of Art avec une amie de Cornelia du Smith College (des anciennes du collège assistaient toujours à nos présentations—et prenaient beaucoup de notes), et avons visité le Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park, où un tour guidé exclusif avait été organisé pour Cornelia. L’un de nos dîners les plus mémorables fut au Café Sabarsky, à la Neue Galerie, l’un des cafés préférés de Peter Oberlander, où une clientèle tranquille mangeait de la soupe de goulash, des spätzle, des strudels aux pommes et buvait de la limonade au concombre. Avec ses murs en bois foncés, ses chaises Adolf Loos, son piano à queue et sa vaste sélection de journaux autrichiens, j’avais l’impression que Cornelia nous avait transportées dans le passé dans un café viennois d’autrefois.

Nous arrivons!

Après notre présentation à Harvard, nous avions une présentation à donner au Centre Canadien d’Architecture, à Montréal. En arrivant à l’aéroport Logan, nous avons appris qu’un des pneus de notre avion était à plat. Apparemment, il existe une règle chez Air Canada selon laquelle elle ne peut utiliser que des pneus provenant du Canada. Nous avons donc dû attendre quatre heures pour que celui-ci arrive. En atterrissant à Montréal, je savais que nous étions très en retard. Il nous faudrait courir pour arriver à temps. Alors, Cornelia a bondi dans le chariot à bagages et je l’ai poussée à toute vitesse à travers l’aéroport. Une fois dans la zone d’arrivée des passagers, nous avons été accueillies par une escorte spéciale : un chauffeur conduisant une élégante limousine noire avec plusieurs bouviers des Flandres à l’arrière! On annonçait tout juste nos noms au moment d’entrer en scène au CCA.

Stockholm

L’un de nos arrêts les plus uniques fut la conférence d’architectes paysagistes Oyster All Inclusive, en Suède. Nous étions logées dans une prison pour femmes rénovée et avons visité le cimetière boisé Skogskyrkogården, conçu par Gunnar Asplund et Sigurd Lewerentz. Nous avons également rencontré des architectes paysagistes remarquables qui nous ont montré Norra Djurgårdsstaden, un nouveau développement de logements visant une dépendance zéro aux combustibles fossiles d’ici 2030. On nous a également offert une visite guidée à pied de cinq heures des paysages urbains de Stockholm ayant récemment été redessinés. Nous avons été surprises d’apprendre que les designers en question avaient visité Vancouver à plusieurs reprises au cours des dix dernières années afin d’étudier les développements urbains de notre ville. Pas étonnant donc que tout cela nous semblait si familier.

Un chauffeur de taxi en or

Pour notre tournée, Cornelia m’a offert un sac Longchamp noir assorti au sien. Elle m’a également confié une astuce de son époque au Smith College : un rouge à lèvres et un peigne sont des compagnons de voyage essentiels. Un soir, en route vers Central Park pour notre présentation, je me suis glissée dans la banquette arrière d’un taxi. Avant de me rejoindre, Cornelia s’est arrêtée un instant et m’a demandé : « Susan, comment me trouves-tu? » Et le chauffeur de lui répondre, dans son magnifique accent brooklynois : « Vous êtes canon! »

 

Je tiens à remercier spécialement le Conseil des arts du Canada d’avoir financé cette tournée et Bernie Abromaitis de Merit Travel, qui a organisé tous nos vols.